Grand père
Quand j’emprunte tes chemins creux,
Où tes pas guidaient tes ballades,
J’entends toujours, j’en suis heureux,
Les échos de tes « rigolades ».
Ils ne chantent plus, les grillons
Qui donnaient du cœur à l’ouvrage
Au temps des pénibles moissons
Aux gerbes d’or, près du bocage.
Sans le pas lourd de tes chevaux,
De tes moutons aux chaudes laines
Que tu suivais par mont, par vaux,
Tout n’est donc plus que morne plaine ?
Elle s’est tue lorsque la faux Amédée Fontaine
Tranchait ton souffle, la comtoise
De l’humble demeure en tuffeau,
Que protégeait l’épaisse ardoise.
Ton poêle qui ronronnait
En agaçant une bouilloire,
Qui la tête près du bonnet,
Nous sifflotait ta rude histoire.
Fiers, sur ton journal entrouvert
Des mots que tu traçais en marge,
Hurlaient-ils aux boyaux ouverts,
Quand le clairon sonnait la charge.
Quand ton mégot de tabac gris
Roussissait le poil de bacchantes,
Qui prenait un aspect fleuri
Sous des fumées tourbillonnantes.
Lorsque tombera le rideau,
Fermant les yeux aux vieilles lunes,
C’est toi, rieur, musette au dos,
Qui fut jeunesse et ma fortune.
André FONTAINE